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1991

Les Métaphores comme Véhicules Transdisciplinaires de l'Avenir

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Paper for the Conference on Science and Tradition: Transdisciplinary Perspectives on the way to the 21st Century (Paris, December 1991) organized with UNESCO by the Union des Ingenieurs et des Techniciens utilisant la Langue Francaise. Also appeared in M Cazenave and B Nicolescu (Eds). L'Homme, la Science et la Nature. Paris, Editions Le Mail, 1994, pp. 168-204. English version.

0. Introduction

En dépit des indications prometteuses de certaines initiatives du passé, il est raisonnable d'affirmer que l'enthousiasme pour 'l'interdisciplinarité' a maintenant diminué. On reconnait toujours la fécondité des interactions entre disciplines (Garfield, 1981), mais la possibilité d'une méthodologie interdisciplinaire est en général considérée comme une contradiction. L'attention se concentre maintenant sur la manière d'engendrer des contacts utiles entre disciplines, au moment de l'application de différentes méthodologies disciplinaires, comme réponse pratique à un problème concret isolé. En allant jusqu'au bout, cette méthode conduit à des rapport de programmes dans lesquels l'interdisciplinarité est évidente uniquement dans la juxtaposition d'un ensemble de contributions disciplinaires spécifiques sur l'initiative en question -- bien décrit par l'expression allemande de 'Buchbindersynthese'. Toute intégration éventuelle est laissée aux soins du lecteur. Il y a eu relativement peu de progrès dans la reconceptualisation à long terme de l'épistémiologie à la lumière des ensembles de disciplines complémentaires.

Peut-être le plus décevant est le manque de recherche sur l'interdisciplinarité en tant que telle -- au delà de la juxtaposition des disciplines déjà mentionnées en réponse à un problème isolé et concret (Palmade, 1977; Levin et Lind, 1985). C'est l'étude générale de systèmes (general systems en anglais) liée à la cybernétique qui a le plus évolué dans cette direction. Malheureusement ses résultats ne se sont pas révélés très utiles là où le social est un facteur important. Les références sont difficiles à trouver parce que l'interdisciplinarité n'est pas un 'sujet'. Mais il existe des bibliographies importantes (voir Klein, 1990 et Union of International Associations, 1991).

Malgré cette situation relativement négative, il existe toujours un besoin urgent de trouver des nouvelles manières d'intégrer ce qui peut être compris à travers une gamme de disciplines bien distinctes -- surtout quand les unes ne respectent guère les autres (si du moins elles les reconnaissent). Comment est-ce que les représentants des différentes disciplines voient leur responsabilité collective éventuelle dans l'intégration des connaissances nécessaire à la réussite des événements clefs tels que la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement à Rio de Janeiro en 1992 (Judge, 1992a, 1992b) ?

Cette étude est une exploration du rôle de la métaphore sur laquelle les études florissent (Van Noppen, 1985, 1990). La ligne directrice est sa fonction cognitive (Ortony, 1979) afin de faciliter la formulation et la communication de la compréhension -- pour ceux qui en dépendent -- que ce soit entre des disciplines ou au delà de leur domaine. Cette exploration soulève la question de l'équilibre entre la contrainte indispensable imposée par une discipline et la liberté nécessaire, mais étrangère à la nature de la cognition intra-disciplinaire.

1. Contraintes

1.1 La gamme des disciplines: Dans le monde académique il convient de limiter la gamme de 'disciplines' à celles retenues par les facultés d'université ou par leurs diverses branches et spécialisations. Cependant un effort pour dénombrer l'univers des disciplines en a révelé 1,800 (Union of International Associations, 1976). Ceci est le nombre de disciplines actuellement retenues, d'une manière ou d'une autre par la pensée occidentale (et souvent eurocentrique), comme moyens valables de recherche de la connaissance.

La notion de 'discipline' peut être utilement étendue en fonction de ses liens avec la variété de formes de l'intelligence. Dans ce sens elle est comprise comme l'application disciplinée de l'intelligence. Une étude récente de Howard Gardner (1983) a dénombré sept formes d'intelligence dont certaines dépassent la conception académique. On y trouve notamment l'intelligence associée à la coordination physique et ainsi la justification de la dénomination des sports particuliers comme 'disciplines'. Pourrait-on dire en conséquence que les pratiquants du pentathlon font du transdisciplinaire?

Il est également vrai que la notion de 'discipline' a toujours été vitale à bien des traditions religieuses qui encouragent le développement et la pratique d'une discipline de l'esprit. Celle-ci peut varier de la pratique disciplinée de la prière de beaucoup de religions, à travers des pratiques telles que le hatha yoga, jusqu'au développement progressif d'une gamme de possibilités cognitives comme dans le raja yoga. La littérature bouddhiste, par exemple, est extrêmement précise dans son articulation riche de la nature de telles disciplines (Bhadantacariya Buddhaghosa, 1979).

A côté des disciplines ci-dessus, il est important de reconnaître une forme de discipline acquise à travers des processus d'apprentissage dans des cultures traditionnelles. Un exemple classique est la connaissance des guérisseurs ainsi que les fonctions thérapeutiques des chamans.

Dans la période actuelle de crise, la connaissance nécessaire à la survie de la civilisation mondiale est peu claire. Il y a mérite d'accepter une compréhension plus large de 'discipline', malgré les tendances vers une acceptation plus étroite. Par exemple les techniques japonaises d'éducation au management, et leurs liens avec la discipline militaire et les techniques de rééducation politique, méritent une certaine réflexion.

1.2 La mesquinerie dans la politique de la connaissance: Il serait naïf, en discutant de l'avenir de la transdisciplinarité, d'omettre toute référence aux effets contraignants de la politique inter-disciplinaire. Beaucoup ont remarqué l'arrogance, la petitesse et l'égoisme de certains esprits éminents de telle ou telle discipline, que ce soit académique, charismatique ou religieux. Combinés avec une approche primaire des questions de territoire, ces facteurs ont été d'une importance majeure en gênant ou en empêchant tout progrès vers une forme d'interdisciplinarité plus féconde. Ils ont renforcé le développement de clergés et de bureaucraties disciplinaires peu capables de confronter les problèmes de demain.

Dans une période de pénurie de ressources, il y a une tendance naturelle mais inquiétante de la part du monde académique vers l'auto-censure et la poursuite des sujets d'étude à la mode afin d'attirer des fonds. Des préoccupations carriéristes rognent la capacité du développement des disciplines et freinent toute tendance non-rémunérée vers une recherche interdisciplinaire. Un respect prioritaire pour toute hiérarchie disciplinaire est donc normal.

L'on peut se demander si tous les problèmes historiques de territoire géopolitique (notamment l'impérialisme et le colonialisme) ne seront pas répétés dans le cas des territoires fonctionnels dont se réclament les disciplines émergentes.

1.3 L'inaccessibilité de la connaissance et de la perspicacité: Les problèmes de la surcharge d'information sont maintenant bien reconnus. Moins évident sont ceux de la sous-utilisation de l'information déjà disponible. Il a été estimé que l'article académique moyen n'est lu que par une personne en moyenne (sans compter celles qui contribuent à sa production). Beaucoup de connaissances nouvelles ne sont disponibles que sous une forme qui dépasse les budgets des personnes ou des institutions, surtout en dehors des pays industrialisés.

La réaction normale de toute discipline est de faire comprendre que toute information originaire d'autres disciplines est en très grande mesure sans conséquence et peut donc être ignorée. Et même à l'intérieur de toute discipline, l'on a tendance à faire croire que seules les données venant des centres d'excellence reconnus méritent une attention sérieuse. Des systèmes d'information très élaborés accentuent ce problème en se limitant en fonction de certaines priorités et en favorisant l'emploi de profils de recherche très étroits. Il n'est pas difficile de démontrer que cette situation conduit progressivement à l'érosion de la mémoire collective.

Cette situation en ce qui concerne la connaissance contemporaine est accompagnée de l'érosion regrettable de la connaissance des cultures traditionnelles suite à leur 'civilisation'. Leurs sagesses et leurs langages se perdent progressivement avec la mort des anciens détenteurs de cette connaissance. Que cette connaissance soit 'préservée' ou non à travers des études anthropologiques, ce n'est pas une exagération de comparer ce processus à la perte de 'forêts tropicales de la culture' suite à un 'déboisement' systématique. Il y a une distinction à faire entre la connaissance vivante et celle préservée dans un rapport de recherche, comme dans le contraste entre un insecte vivant et un spécimen d'une espèce disparue conservé en formaldéhyde.

Dans ce contexte n'y a-t-il pas un moyen plus rapide d'accès aux concepts clefs des disciplines? N'y a-t-il pas quelque chose de suspect dans la durée des périodes imposées par les systèmes d'éducation pour l'acquisition de tels concepts? Jusqu'à quel point les pratiquants et les titulaires exigent-ils de telles périodes seulement par respect pour l'esprit des systèmes traditionnels d'apprentissage -- périodes de travail pénibles présentées comme nécessaires pour inculquer le savoir et les relations sociales de la discipline ou clergé en question? L'attitude des professeurs d'université par rapport à l'emploi de leur main-d'oeuvre diplômée renforce ce doute, tout comme les arguments contre un enseignement médical rapide dans un monde ou même un minimum de connaissance médicale est très demandé.

Dans un monde où la survie individuelle et planétaire est un facteur important, comment communique-t-on les concepts clefs des disciplines? Quels sont les 5, 10, 50 ou 100 concepts clefs de chaque discipline? Sous quelle forme devrait-on les tenir afin de faciliter leur compréhension et leur communication? Est-il approprié de demander le nombre minimal des concepts de chaque discipline qui sont nécessaires à la survie de notre civilisation dans son sens le plus large? Quelle est donc la nature de ce 'gilet de sauvetage' conceptuel? Qu'est-ce que les gens on besoin de savoir et de comprendre afin de surmonter les problèmes de l'avenir immédiat? Et en fonction de quoi est-ce que les décisions essentielles devraient être prises pour l'avenir de la planète?

1.4 Réponses aux crises: vers un ordre conceptuel plus élevé: La question actuelle est de déterminer quels concepts sont essentiels pour la survie (dans son sens le plus large) et comment les configurer afin de guider les processus de décision de la manière la plus appropriée. Etant donné les méthodes couramment employées pour la communication de la connaissance aux décideurs, notamment par des 'consultants', il est très probable que des stratégies simplistes continueront d'être formulées en réponse aux crises émergentes. Ce ne sont pas les meilleurs concepts des disciplines qui sont mis en oeuvre pour une meilleure compréhension de la problématique. Il y a un problème fondamental de complexité, et dans la nature de la problématique et dans la nature de la relation entre les concepts pertinents à toute réponse (Aida et al, 1985).

Au delà de cette perspective il y a la question fondamentale de la compréhensibilité des configurations de concepts relatifs aux initiatives les plus valables. Certaines disciplines ont identifié des problèmes méthodologiques dans la mise en relation des concepts incompatibles qui sont collectivement nécessaires pour saisir pleinement les dimensions d'un phénomène. La complémentarité des théories ondulatoires et de particules dans la physique de la lumière est peut-être l'exemple le plus cité. Dans ce sens l'élément principal de la transdisciplinarité pourrait être la possibilité de fournir des outils aptes à traiter des configurations de concepts essentiellement incompatibles (et même réciproquement sans importance) en réponse à la problématique globale. La question bien discutée d'un 'nouvel ordre mondial' pourrait dans ce sens demander un 'ordre conceptuel plus élevé' (Judge, 1992a) correspondant, et même complémentaire.

Pour qu'un tel ordre conceptuel puisse être d'utilité dans les processus de décision, il doit être compréhensible non seulement aux décideurs mais également à ceux qui les mandatent, et finalement à l'électorat général. Ceci est en soi un défi de plus en plus aigu dans une période où il y a une aliénation de la connaissance académique et une montée de l'analphabétisme fonctionnel, notamment dans les pays industrialisés. La connaissance académique est perçue de plus en plus comme ayant été défaillante en face des problèmes essentiels de la vie journalière, ou même comme ayant aggravé ces problèmes par des initiatives irresponsables (notamment dans la recherche de nouvelles armes).

1.5 La survie individuelle et le développement: Il y une recherche bien documentée, de la part de beaucoup dans les sociétés industrialisées, pour des disciplines qui pourraient leur assurer personnellement un développement durable. Ceci se voit exprimé dans la recherche d'une connaissance utile à une survie psychique personnelle. Une dimension principale de cette recherche est orientée vers les formes de connaissance qui facilitent une intégration psychique. Ceci fait partie de la tradition d'une quête spirituelle reconnue dans bien des cultures.

Il y a une reconnaissance de plus en plus marquée d'une sorte d'effet 'miroir' dans la relation complémentaire entre le degré d'intégration psychique ou de maturité d'une personne et le degré intégration perçu ensuite dans la réalité 'externe'. L'on pourrait supposer que le contraire est également valable dans une certaine mesure. Ainsi la question de la transdisciplinarité peut être vitale à la survie psychique individuelle. La fragmentation actuelle des disciplines et des spécialisations ne facilite pas l'intégration psychique d'une personne ou la quête d'une certaine transcendance. Mais l'on peut supposer qu'une perspective transdisciplinaire utile dépend elle-même de la réalisation d'une certaine forme d'intégration personnelle 'durable', quelles que soient les disciplines par lesquelles on y arrive.

1.6 La reconfiguration des ressources conceptuelles: Les contraintes ci-dessus indiquent surtout le besoin de reconfigurer les éléments de connaissance et de discernement -- ne fut-ce que pour certaines raisons 'extra-disciplinaires.' D'une façon ou d'une autre, le modèle des ressources conceptuelles doit être reconfiguré afin d'augmenter la fluidité avec laquelle les nouveaux concepts émergent, se fécondent mutuellement, et sont intégrés dans des modèles plus globales. En même temps, il y a le défi fondamental de rendre ces modèles compréhensibles au delà des territoires de certaines élites auto-sélectionnées à ceux qui ont un besoin urgent de tels concepts en réponse aux crises auxquelles nous devons collectivement faire face.

Il y a beaucoup à critiquer dans la politique actuelle de la connaissance. Mais, malgré le degré de manipulation abusive des arguments en faveur du statu quo pour protéger les droits acquis, il y a pourtant une valeur considérable dans les efforts de protection de l'identité des disciplines individuelles et de leurs méthodologies. La transdisciplinarité ne peut pas être valablement réalisée par la perte de la précision disciplinaire (péniblement acquise) ou par le barbouillage général des catégories. Il faut trouver des moyens de protéger la 'pureté' des disciplines des 'abominations' qu'elles perçoivent dans les perspectives autres que les leurs.

2. La Métaphore: une ressource mal-explorée pour la transdisciplinarité

Dans son résumé de l'état de l'interdisciplinarité, Julie Klein (1990) a accordé un chapitre au phénomène de l'emprunt entre disciplines, des outils, modèles et théories conceptuels. Elle constate:

'Il est inévitable que l'emprunt invite à une spéculation sur la nature métaphorique de l'interdisciplinarité. Ces métaphores peuvent être des outils didactiques ou illustratifs, des modèles, des paradigmes, ou des 'images racines' qui engendrent des nouveaux modèles. Certaines métaphores sont de nature heuristique, tandis que d'autres constituent elles-mêmes une signification nouvelle...Le processus d'emprunt est métaphorique de plusieurs manières. Les théories et modèles venant d'autres disciplines peuvent sensibiliser les chercheurs aux questions qui d'habitude ne sont pas posées dans leurs propres domaines, où ils peuvent interpréter et expliciter, que cela signifie un cadre intégrant des éléments divers ou des hypothèses non procurables parmi les ressources de leur discipline. Quand un domaine de recherche est incomplet, un emprunt peut rendre possible une ouverture inductive non-déterminée. Il peut fonctionner comme une sonde qui facilite la compréhension et l'éclaircissement. Par contre, il peut offrir une certaine perspective sur un autre système de catégories d'observation et de signification, mettant en juxtaposition l'habituel avec l'inhabituel en exposant les similitudes et les différences entre l'emploi au sens propre de l'emprunt et dans le nouveau domaine.' (p. 93, traduction)

In fine Klein signale que l'on appelle emprunteurs les traducteurs ou clarificateurs qui interprètent une discipline pour ceux qui en pratiquent une autre.

2.1 La métaphore et la compréhension: A part le monde littéraire, qui a tendance à en faire un monopole, l'emploi d'une métaphore est souvent considéré avec dédain par le monde académique, par les administrateurs de programmes, et par les documentalistes -- même quand leurs besoins de communication les obligent à en faire usage. Le recours aux métaphores est considéré comme signe de mollesse intellectuelle, comme manque de rigueur, et même comme indication d'une incompétence de base. Cependant cette perception est mise en question de plus en plus par ceux qui explorent le rôle cognitif de la métaphore, c'est-à-dire la manière fondamentale par laquelle une métaphore peut habiliter et conditionner la plupart des processus de la pensée (Lakoff, 1987). L'importance immédiate se voit dans les métaphores fondamentales qui gouvernent des styles d'organisation (Morgan, 1986) et de gestion différentes (Belbin, 1981; Handy, 1979).

Par cette perspective, une métaphore peut fournir un cadre flexible dans lequel des catégories émergent et sont organisées. Ceci a toujours été relativement évident pour ceux qui s'engagent dans une activité créative, que se soient des peintres, des créateurs de 'concepts' publicitaires, des éducateurs, ou des spécialistes en physique nucléaire (Locquin, 1989; Marcus, 1990). Comme le constate la géographe Anne Buttimer (1982): 'Une métaphore, selon certains, peut toucher un niveau de compréhension plus profond qu'un 'paradigme', car elle indique un processus d'apprentissage et de découverte -- ces sauts par analogie de l'habituel vers l'inhabituel qui rallient l'imagination et l'émotion aussi bien que l'intellect.'

2.2 La métaphore et la catégorisation: Les auteurs les plus étroitement liés à l'exploration du rôle cognitif de la métaphore sont George Lakoff et Mark Johnson (1980), notamment par leur ouvrage collectif Metaphors We live By et dans leurs travaux par la suite (Lakoff, 1987). L'on démontre maintenant que les processus de catégorisation comportent une activité métaphorique au niveau le plus fondamental et que ceci implique une organisation de la connaissance par des modèles cognitifs. Ainsi la métaphore du 'tuyau de conduit', sous-jacente à bien des discussions sur la communication, dresse une carte de la connaissance à propos du transport des objets dans des conteneurs et impose celle-ci sur la compréhension de la communication comme transporteur d'idées véhiculées par des mots.

Comme dans le cas des autres métaphores mémorables, celui du 'conteneur' (qui sous-entend une démarcation entre un intérieur et un extérieur) définit la distinction la plus fondamentale entre 'dedans' et 'dehors', notamment dans les transactions entre des organisations, des secteurs économiques, ou des cadres conceptuels. Le schéma du conteneur a une signification évidente pour les gens à cause de leur expérience corporelle. C'est justement à travers cette expérience corporelle que le schéma a une configuration signifiante (Johnson, 1987). Cela peut sembler relativement évident quand il s'agit des concepts concrets de la matière, mais ce mode de compréhension s'étend même à la compréhension des concepts abstraits. Ainsi il conditionne les moyens d'élaborer et de comprendre des structures et des politiques complexes. Le défi est de découvrir comment surmonter les contraintes cognitives habituelles sous-entendues par ces concepts, surtout dans leurs effets sur la capacité de formuler des cadres transdisciplinaires plus appropriés -- et même contre-intuitifs.

Ces propos concernant la métaphore du conteneur révèlent le besoin d'une révision des métaphores analogues qui sont uitlisées et sous-entendues dans toute discussion de la disciplinarité -- surtout les métaphores associées aux notions de 'inter-', 'pluri-', 'multi-' et 'trans-'.

2.3 La métaphore et la recherche politique: L'emploi de la métaphore semble omniprésent dans le langage de la recherche politique. 'La métaphore est essentielle à la recherche politique car elle nous permet d'étendre notre connaissance de notre monde familier vers une région qui n'est pas ouverte à l'expérience directe....La métaphore est nécessaire à la connaissance politique justement parce que la signification ou la réalité du monde politique transcend ce qui est ouvert à l'observation' (Miller, 1979). Il convient de noter qu'un colloque international sur 'Les métaphores politiques dans une perspective historique' a été organisé à Naples en juin 1991.

Avec les contraintes de la communication via les médias, les hommes politiques ont notamment recours à la métaphore comme moyen d'explication des politiques complexes -- que ce soit vis-à-vis de leurs pairs ou de leurs électeurs. Ainsi, par exemple, en juin 1991 ceux qui participaient aux efforts de la Commission de la CEE pour élaborer le nouveau traité de l'union économique et politique européenne ont eu recours entre eux aux phrases codées, telles que 'piliers', 'chapeaux', 'temples', 'arbres' et 'lierre'. Les piliers étaient les différents chapitres du traité; le chapeau était le prologue créant une union européenne qui réunissait les trois piliers. Les alternatives ont été décrites dans un débat sur 'temple versus arbres' pendant lequel la Commission a soutenu que le traité devrait avoir l'aspect d'un 'tronc d'arbre avec branches' plutôt qu'un 'temple chancelant supporté par des piliers'. D'autres ont critiqué une révision avec la phrase 'piliers couverts de lierre', c'est-à-dire des changements de nature plutôt cosmétique (Independent, 17 June 1991). Est-ce que ces métaphores ont vraiment la richesse conceptuelle requise pour traiter la complexité et les possibilités de ce défi?

2.4 Les métaphores pour la survie: On peut prétendre que la sélection et l'empoi des métaphores par des personnes ou par des groupes, dans le but de reconfigurer leur environnement et des défis, ouvrent un degré nouveau de liberté conceptuelle (Judge, 1988; 1991). Dans ce sens les métaphores constituent un moyen d'augmenter les capacités d'action permettant aux gens d'ajuster et de modifier les cadres conceptuels qui les entourent. Elles fournissent un moyen de traiter les différentes sortes d'incompatibilités, de dynamiques, et de paradoxes conceptuels sur lesquels les disciplines disponibles ne peuvent guère jeter de lumière. Elles peuvent être employées aussi dans le traitement de différentes difficultés des relations partie-ensemble et local-global -- en réconciliant l'intégration globale avec la pertinence locale. Ainsi une métaphore peut être employée comme une discipline cognitive temporaire -- éventuellement dans des circonstances où la survie sociale ou physique est en question.

2.5 Les métaphores visuelles et la complexité conceptuelle requise: Une structure conceptuelle d'une complexité adéquate peut poser les mêmes problèmes de compréhension qu'un escalier spiral qu'on tenterait d'expliquer avec des mots à des personnes qui n'en ont jamais vu. Quand finalement l'explication a été complétée, l'audience a tendance à se trouver dans un état de confusion, totale, ou même aliéné par la présentation. Par contre, une présentation visuelle ('l'image qui vaudrait mille mots') permet de clarifier instantanément la simplicité élégante du concept en sous-entendant sa complexité nécessaire (Miller, 1986; Barlow et al, 1990). L'importance vitale de cette approche pour ceux qui sont responsables de la formulation des options majeures à travers des processus divers de gouvernance a été mise en évidence par Harold Lasswell (1968):

'Pourquoi mettons-nous un tel accent sur les moyens audio-visuels de présentation des buts, des tendances, des conditions, des projections, et des alternatives? Parce que tant de participants essentiels aux processus décisionnels ont des imaginations dramatisantes. Ils ne sont pas passionnés de chiffres ou d'abstractions analytiques. Ils agissent le mieux dans des délibérations qui encouragent la contextualité par un répertoire varié de moyens et la ou un sens directe de temps, d'espace et de figuration est conservé'.

Certaines disciplines académiques employent beaucoup de présentations graphiques, surtout dans les sciences naturelles et dans différentes formes de l'ingénierie (Herdeg, 1974). Par contre les sciences sociales, et notamment les sciences politiques, ont une tendance marquée à les éviter. Il existe une forme de dédain par rapport à de telles présentations visuelles comme symptôme d'incompétence, ne fut-ce que sur le plan verbal. Le manque de tout besoin d'aide visuelle dans l'explication des politiques du développement durable suggère que celles-ci pourraient être d'un niveau de complexité inadéquat au défi duquel elles sont sensées répondre (Judge, 1992c).

Les grandes évolutions dans les équipements et les logiciels d'ordinateurs pour la génération et la manipulation des images graphiques ont été surtout employées pour les effets médiatiques spéciaux (notamment des clips de publicité et les films de science fiction), pour le dessin par ordinateur (architecture, ingénierie, etc), et pour la représentation des systèmes (le contrôle des processus de fabrication, des molécules chimiques ou des systèmes physiques). Il y a eu peu d'efforts de representation des grands réseaux complexes de concepts (Judge, 1977; Garfield, 1981). Mise à part l'informatisation assez simpliste de certaines 'salles de décideurs', aucun effort n'a été déployé dans l'application des techniques aussi avancées pour la représentation des processus sociaux dans toute leur complexité afin de favoriser des procédures décisionnelles plus appropriées. Ces techniques sont devenues tellement perfectionnées qu'elles peuvent maintenant être employées pour générer des représentations visuelles compréhensibles de structures dynamiques qui ne pourraient pas exister sous les lois qui gouvernent l'espace physique. Elles sont également employées afin de permettre aux gens d'explorer et de générer des réalités virtuelles (Helsel, 1990) -- ne fut-ce comme une récréation (actuellement reconnu comme un marché majeur pour les produits en voie de développement).

Il est très possible que les métaphores les plus accessibles puissent elles-mêmes ne pas être d'une richesse suffisante pour représenter la complexité conceptuelle des processus sur lesquels des décisions sont aujourd'hui demandées. En outre, dans une période de croissance de l'analphabétisme fonctionnel, ces métaphores même assez riches, pourraient être relativement incompréhensibles aux personnes (éventuellement des électeurs) qui octroyent les mandats pour les nouvelles stratégies recherchées. Il est donc probable que les métaphores nécessaires au soutien des cadres conceptuels d'options stratégiques nouvelles ne peuvent être exprimées qu'à travers la visualisation des formes dynamiques générées par les techniques d'ordinateur indiquées ci-dessus.

3. Des images de l'activité disciplinaire

La compréhension du développement d'une discipline, et l'évolution de la connaissance, pourraient être présentées sur base d'une ou plusieurs métaphores implicites. Dans le cas de l'organisation sociale, cet essai d'une compréhension nouvelle a été exploré par Gareth Morgan (1986). Cette approche pourrait être adaptée à l'activité disciplinée.

Certaines études classiques ont essayé de clarifier les différentes relations possibles entre les disciplines en employant des diagrammes. Ces diagrammes peuvent être considérés comme des métaphores visuelles. Le plus utile est celui de Erich Jantsch (1972) qui a identifié des modèles de relations entre un ensemble de cases (représentant des disciplines) disposées de différentes manières: ce qui correspond à l'organigramme traditionnel des organisations.

Bien que l'approche de Jantsch a réussi dans son but de distinguer entre multi-, pluri-, inter-, et trans-disciplinarité, il faudrait se demander si la métaphore visuelle n'est pas un piège conceptuel en elle-même. Tout comme les dernières décennies ont témoigné d'une critique sévère des structures traditionnelles d'organisation et de la manière restrictive dont elles sont comprises (cf Gareth Morgan), ne serait-il pas approprié de se demander si la compréhension des relations entre disciplines ne devrait pas être mise en question d'une manière analogue? Les questions fondamentales sont les suivantes:

(a) les métaphores employées pour présenter les relations entre disciplines sont elles trop simplistes par rapport au niveau de complexité à laquelle la transdisciplinarité devrait faire face?

(b) si d'une extrême à l'autre, d'un côté 'l'organisation hiérarchique de la connaissance' bien classique de l'autre les expériences récentes d' 'une organisation réticulaire de la connaissance' sont inadéquates en face du défi de la transdisciplinarité, quel genre de métaphores structurelles pourraient être plus utiles?

L'approche actuellement en faveur pourrait s'appeler celle de 'l'étoile' ou 'du panier' par lesquels la préoccupation se limite à un problème spécifique donné comme seul moyen de poser des questions valables sur l'avenir des relations entre disciplines. Des disciplines sont déployées en forme d'étoile autour du problème, et elles peuvent être employées comme un panier de ressources auquel l'on peut faire appel pour répondre au problème.

Des approches d'une telle pauvreté structurelle, qui ont maintenant fait leurs preuves depuis plusieurs décennies, sont considérées ici comme inadéquates en face des défis nouveaux. La critique principale que l'on pourrait faire est l'incapacité pour de telles approches de:

Ces approches n'ont pas une manière appropriée de limiter les excès, d'assurer la juxtaposition créative de niveaux 'difficiles' de diversité de facteurs, ou d'intégrer les idées engendrées par une telle diversité.

4. L'échafaudage conceptuel

4.1 Des concepts entrelacés (à la lumière d'une métaphore architecturale): Les éléments ci-dessus indiquent des possibilités assez concrètes pour un débat discipliné, que ce soit par moyens de communication électronique ou autrement. Au fond ces possibilités concernent toute la question, exploré par le pionnier Douglas Engelbart (1962), de ce qui pourrait s'appeler 'l'échafaudage conceptuel'. Au cours du processus de construction d'un bâtiment, un échafaudage est nécessaire, surtout pour tenir en position des structures mutuellement indépendantes jusqu'à l'insertion des éléments de construction permanents qui assure leur verrouillage en place. Il y a beaucoup à apprendre de l'histoire de l'architecture en évaluant les défis au développement de formes d'architecture conceptuelle plus puissantes et plus appropriées (Judge, 1979).

Du point de vue structurel, l'organisation d'un projet comportant une pluralité de disciplines, ou un ordre du jour pour une politique nouvelle, ou le programme d'une conférence (même avec des séances parallèles), est assez simple -- même simpliste -- surtout en comparaison avec l'écologie complexe des problèmes ou des organisations qui sont censés être regroupés de manière efficace par ce moyen. Peut-on s'étonner que les projets et conférences 'interdisciplinaires' sont relativement inefficaces dans leur manière de saisir les questions complexes? Ce que l'on essaie de faire avec les pratiques actuelles est en contradiction avec la loi cybernétique d'Ashby sur la diversité requise: pour être efficace, tout système de gouvernance ou de contrôle doit être au moins aussi complexe que le système qu'il prétend gouverner. La simplification de la réalité comme moyen de simplifier les processus de décision est ainsi un moyen dangereux d'avancer -- et 'valable' uniquement pour le court terme avant la manifestation de ses conséquences.

Ainsi la question est de favoriser les efforts de ceux qui conçoivent des formes plus complexes d'échafaudage conceptuel afin de tenir en place des concepts en germe (qui sont plutôt instables autrement) jusqu'à ce que d'autres concepts puissent assurer leur verrouillage en place. Bien entendu, d'un point de vue idéal, c'est le logiciel d'une conférence par courrier électronique qui devrait fournir cet échafaudage. Et, tout comme pour la construction des bâtiments, l'on devrait être en mesure de l'ajuster aux différentes configurations structurelles au cours de ce processus de construction conceptuelle.

Une fonction typique dans un débat académique ou politique est de fournir un cadre qui permet l'articulation des perspectives complémentaires, surtout quand il y a une tension majeure entre elles -- ou typiquement un degré d'incompatibilité. Suite à la formulation du Concept A, le cadre peut utilement 'réserver' un espace pour le Concept B qui est censé le contrebalancer. Un tel échafaudage est encore plus essentiel quand il y a plus que deux concepts à tenir en équilibre afin que les dimensions d'une 'politique majeure' ou d'une 'théorie unifiée' (ou même une 'théorie de tout') puissent émerger de manière viable. Et, tout comme dans le cas des bâtiments, cet échafaudage peut fournir une protection contre les forces déstabilisantes lors du débat sur les processus de construction. Une force déstabilisante typique dans une conférence moderne pourrait mettre un accent trop étroit sur les moyens de 'contrer l'industrie exploitrice' là ou la question plus large est justement de fournir un cadre durable qui maintiendrait l'équilibre entre les caractéristiques exploitrices de l'industrie par rapport aux bénéfices qu'elle fournit sous les contraintes de l'environnement. Plus le système de contraintes et d'équilibres est complexe, plus le débat est vulnérable aux forces déstabilisantes.

4.2 Les structures symétriques et les structures de tenségrité: Un vaste répertoire de modèles structurés est fournit par la géométrie et pourraient servir à la mise en relation des concepts. Les polygones symétriques en 2 dimensions et les polyèdres en 3 dimensions sont d'un intérêt particulier. La symétrie a le grand mérite d'être associée avec une compréhensibilité 'globale' ou intégratrice. En tant que tel, elle peut offrir des chemins vers les ordres conceptuels plus élevés qui caractérisent la transdisciplinarité. Dans la mesure ou des perspectives en opposition (même en contradiction apparente) peuvent être représentées par de telles structures, il y a une possibilité plus grande de reconnaissance collective des fonctions distinctes qu'elles jouent les unes par rapport aux autres. Il est même possible que plus la structure est complexe, plus elle est stable.

Les religions orientales ont beaucoup employé de tels modèles conceptuels sous la forme de mandalas. Ceux-ci maintiennent la relation complexe entre une multiplicité de compréhensions complémentaires en soutenant une vue intégratrice sur l'ensemble. La question de logiciel se pose par rapport au moyen de masser un réseau associatif de concepts afin d'engendrer un modèle (ou une gamme de modèles alternatifs) qui pourrait en constituer l'ordre général le plus approprié. Il se peut qu'il y a place pour un mariage entre le traitement des cartes de concepts (mind-maps en anglais), ou des réseaux de concepts, avec celles de la géométrie sacrée.

Un élément qui manque dans de telles structures géométriques est la reconnaissance explicite de la dynamique entre les éléments et comment ceux-ci contribuent à l'intégrité dynamique de l'ensemble. La 'tension' entre des factions ou des options en opposition constitue une question fondamentale dans la formulation d'une politique. L'on pourrait soutenir qu'une telle tension est également présente dans la co-existence des perspectives théoriques complémentaires quand aucune des théories individuelles (bien que nécessaire chacune) n'est en mesure d'encadrer la nature du phénomène auquel elle s'applique. Même si la musique offre des éclaircissements riches, encore une fois c'est l'architecture qui démontre l'importance d'équilibrer les éléments en tension et en compression.

Dans le processus de formulation d'une politique, l'art de la créativité est d'établir une relation valable entre les perspectives en sympathie et celles qui sont en opposition. Buckminster Fuller (1975, 1982) a indiqué l'existence de toute une famille de structures ayant une intégrité tensionnelle (soit 'tenségrité') dont le principe rend possible les dômes géodésiques bien connus (par exemple les dômes radar, les dômes aux grandes expositions). La tenségrité indique la possibilité de beaucoup de configurations plus efficaces de concepts et de politiques (Judge, 1979). Il faut noter l'importance de la découverte toute récente d'une troisième forme de carbone qui donne lieu à une classe nouvelle de molécules sphéroïdes appelées des 'fullerenes' (Defait, 1992). Le rapport présidentiel de Stafford Beer à l'Organisation Mondiale de Systèmes Généraux et de Cybernétique (Nouvelle Delhi, 1993) conclu sur l'importance d'une nouvelle manière de construire des équipes (nommées des 'équipes de syntégrité') sur la base de ce même principe. La justification et la procédure sont élaborées dans un livre (Beer, 1994) et feront l'objet d'une expérience mondiale appuyée par des communications électroniques en 1993. Les avantages de telles structures sont:

(a) Elles rendent explicite la valeur d'un ensemble de relations discontinues (soit antagonistes) entre concepts (ou leurs adhérents) imbriqués dans un réseau continu (soit de soutien mutuel) de relations. Les deux aspects ont un rôle à jouer. Ces structures dépendent d'une manière originale de la configuration créative des forces polarisées qui empoisonnent tant d'efforts de construction de théories complexes ou de formulation de politiques consensuelles.

(b) Elles démontrent qu'une juxtaposition appropriée d'éléments peut donner lieu à une structure de forme totalement insoupçonnée ayant une stabilité insoupçonnée. Bien qu'il soit relativement facile de comprendre la logique d'une telle structure en 3 dimensions, le processus de construction est beaucoup moins évident. Ceci suggère que les éléments et dynamiques conceptuels qui caractérisent les politiques d'aujourd'hui pourraient se prêter à une modélisation de style complètement nouveau.

(c) Elles démontrent que l'amélioration de la communication entre les participants d'un débat transdisciplinaire (tout le monde à tout le monde) n'est pas le seul moyen d'avancer, même si cela était faisable en pratique. Ces structures suggèrent qu'il y a beaucoup à accomplir en assurant une relation de soutien mutuel de la part des noeuds voisins, pourvu que la position ainsi soutenue soit 'mise en question' par un noeud opposant approprié. Ceci représente un pas au delà des études des réseaux sociaux. Il suggère la possibilité d'un logiciel conçu pour configurer les chemins de communication dans un tel réseau (en ouvrant certains, et en fermant d'autres) afin d'engendrer une opération de réseaux plus saine (et sans mollesse).

(d) Elles démontrent l'utilité inattendue des structures à centres vides rendant visible chaque position ou noeud à tous les autres, proposant ainsi une forme désirable de transparence. Un tel centre est virtuel dans le sens qu'il n'est pas 'occupé' par une personne, un concept ou une valeur dominante. L'on pourrait soutenir que cela augmente l'élégance conceptuelle.

(e) Elles impliquent une gamme de transformations globales à travers lesquelles l'ensemble de concepts ou de politiques peut se développer afin d'englober une diversité plus grande.

Il est clair que l'emploi d'un logiciel approprié est essentiel à l'exploration des cadres ou politiques conceptuels basés sur des 'tenségrités' à la lumière des hypothèses des auteurs comme Ron Atkin (1977, 1981). Le problème est un défi idéal pour l'informatique. Il ouvre la porte à une manière totalement nouvelle de représentation non-hiérarchique d'ordres du jour et à la co-existence d'éléments ou de politiques conceptuels se contraignant mutuellement.

5. La 're-lecture' des ensembles structurés de concepts

5.1 L'isomorphisme et la similitude entre ensembles structurés de concepts: La théorie des systèmes généraux a cherché pendant plusieurs décennies jusqu'à quel point les différentes organisations systématiques des phénomènes, articulées par des disciplines différentes, contiennent des éléments qui sont en relation isomorphique, les unes avec les autres. Pour cette théorie, l'intérêt réside dans les formes plus fortes d'isomorphisme, surtout celles que l'on pourrait décrire de manière efficace par des équations mathématiques. De ce point de vue, les préoccupations de la cybernétique et des systèmes généraux se chevauchent et, comme dans ces cas, cette forme d'isomorphisme n'a pas été d'une très grande utilité dans la réponse à la crise interdisciplinaire de notre époque.

Au lieu de chercher une forme d'isomorphisme 'forte' entre disciplines et une expression par équations de celle-ci, il est possible d'explorer des formes d'isomorphisme plus 'faibles'. Ceci pourrait être défini de manière plus appropriée en fonction du degré de 'similitude' entre des ensembles structurés de concepts. Cette approche donne lieu à deux questions:

(a) Jusqu'à quel degré de faiblesse est-ce que cette similitude peut être réduite avant d'être d'aucune utilité pour relier des concepts d'une discipline à ceux d'une autre?

(b) Dans quelle mesure est-ce qu'un ensemble structuré d'une discipline peut être utile dans l'évocation d'un ensemble structuré similaire dans une autre, avant que la deuxième discipline n'ait articulé un tel ensemble de sa propre initiative?

5.2 L'évaluation de la similitude: Dans l'approche de cette question, une distinction s'impose entre des perspectives différentes:

(a) L'indépendance: Pour une discipline, de telles explorations peuvent facilement être interprétées comme une violation de ses propres préoccupations internes (analogue à la sensibilité géopolitique sur la question de souveraineté nationale). Toute similitude est donc considérée comme sans signification.

(b) L'intégrité: D'un autre coté, pour ceux qui oeuvrent pour le développement de la connaissance à l'intérieur de cette discipline, un certain degré de 'pollinisation croisée' est valable -- mais pas au point de succomber aux concepts d'une autre discipline (un problème analogue à celui de l'impérialisme culturel);

(c) L'utilité: Cependant, pour ceux qui cherchent des pistes fécondes vers des alternatives valables, le seul critère est l'utilité des concepts dans le traitement des problèmes par auxquels ils sont confrontés -- notamment les problèmes qu'aucune discipline semble être en mesure de saisir de manière adéquate.

5.3 La 're-lecture' comme un art métaphorique: La préoccupation ici est dans l'aspect utilitaire, bien que le processus de 're-lecture' s'applique également au deuxième point ci-dessus. La proposition radicale est la suivante: tout ensemble structuré de concepts, de n'importe quelle discipline, peut être 're-lu' avec avantage comme une métaphore. Et à travers ces métaphores des idées d'une certaine utilité peuvent être acquises pour d'autres domaines de la connaissance. Ainsi le corps de connaissance, généré par des disciplines au long des années, pourrait être (re)exploré de manière systématique comme ressource pour des idées 'cachées'. Dans un sens, les couches géologiques de connaissance déposées le long des siècles, y compris la 'connaissance fossilisée', pourraient être exploitées. Il s'en trouvera beaucoup sans signification comme dans l'exploitation minière, mais il y aura des veines d'idées de grandes valeurs après un processus de raffinement nécessaire. La réussite d'une exploitation minière ne s'est jamais défini en fonction de l'extraction des pépites seulement.

6. La transdisciplinarité et son articulation

6.1 L'holisme non-articulé comme piège conceptuel: Dans la recherche désespérée de formes d'intégration conceptuelle significative, certaines formes simplistes d'holisme ont exercé un effet hypnotique. Le 'paradigme holographique' et le concept de 'Gaia' ont été utiles en attirant l'attention sur la possibilité de formes d'intégration au delà de la fragmentation des disciplines. Mais cet acquis a tendance à se faire au dépens de tout moyen d'articuler la variété et le détail à l'intérieur de telles perspectives.

Le placement des perspectives intégratrices en opposition aux cadres fragmentés ne suffit pas. Ceci ne fournit pas de base pour une action cohérente -- ou plutôt il ouvre la voie vers des formes d'action abusive au nom de 'l'intégration'. En plus il n'établit qu'une nouvelle forme de polarisation (entre partie et ensemble) au moment où une manière plus perspicace de traitement de la polarisation est exigée. Le développement cherché offrirait de nouveaux bénéfices.

De la compréhension des processus de l'évolution, l'on reconnait comment différentes espèces peuvent co-exister, qu'elles soient en concurrence pour des ressources ou non. Les écosystèmes fournissent un cadre pour la coexistence des membres d'une diversité d'espèces aux différents stades de leurs cycles de vie. Ces écosystèmes sont également un contexte pour des espèces d'ages différents en terme d'évolution -- y compris des espèces que l'on pourrait appeler 'préhistoriques'.

6.2 La transformation conceptuelle transdisciplinaire: Le besoin d'un échafaudage conceptuel est clair étant donné la forme de complexité à laquelle la société est confrontée. Le défi de rendre compréhensible des structures complexes est également clair -- celles qui sont adéquates au défi du développement durable pourraient bien dépasser la capacité du cerveau d'une seule personne (Judge, 1986a). Cependant toute forme de développement implique une transformation structurelle. Si la transformation des structures simplistes, tels les ordres du jour des conférences ou des organigrammes, ne présente guère de complication, il en va tout autrement pour la transformation des structures complexes décrites ci-dessus.

Le processus de transformation conceptuelle ou sociale semble demander une forme dynamique qui assurerait une continuité -- de stade en stade -- à travers le processus de transformation. La métamorphose d'une chenille en papillon fournit une métaphore riche sur la complexité possible de ce défi.

Il y a deux exemples de cette structure à signaler:

(a) La transformation d'images: La facilité avec laquelle les images peuvent être transformées sur ordinateur suggère beaucoup de possibilités. La question actuelle est de trouver des moyens de relier des structures conceptuelles, ou des défis de la réalité sociale, à ces images afin de bénéficier de cette facilité (Judge, 1992). D'un grand intérêt est la manière par laquelle le développement pourrait être compris ou représenté dans cette transformation d'image. Par exemple, si maints détails de la problématique mondiale pouvaient être encodés sur un (ou plusieurs) animaux archétypes, animés d'une manière adéquate, ceci serait d'une importance conceptuelle et symbolique majeure -- surtout quand le processus d'animation peut être employé pour représenter le processus de transformation. Les avantages pour un monde de politique médiatisée sont clairs.

(b) L'équilibrium des vectors: Buckminster Fuller (1975, 1982) a attiré l'attention sur les propriétés inhabituelles d'un polyèdre symétrique, le 'vector equilibrium' (mieux connu sous le nom de cuboctahèdre) comme dénominateur commun au tétraèdre, au octaèdre et au cube. Cette structure est unique dans la mesure où elle se trouve sur la transformation vers une variété d'autres structures. Un modèle aux joints flexibles peut être transformé en icosaèdre et, à travers un octaèdre, jusqu'au tétraèdre. Le mérite d'un tel modèle, mis à part les différents arguments de Fuller lui-même, est dans le fait qu'il permet une compréhension du processus de transformation structurelle. Devant le défi actuel de la formulation des politiques adéquates, il n'y a pas lieu de s'attarder sur les leçons de cette structure, mais plutôt de l'employer comme exemple afin de persuader les topologistes de trouver d'autres systèmes de transformations analogues afin d'en constituer un répertoire accessible à tout le monde.

6.3 Les métaphores de la transformation: brisant la 'barrière de l'imagination': Dans ce contexte, avec ou sans aide informatique, les métaphores constituent une ressource intrigante, mais mal-explorée, qui pourrait servir de guide à l'élaboration des cadres conceptuels ou des structures d'organisations plus complexes. En effet, les arguments présentés ci-dessus dépendent beaucoup de la puissance de la métaphore, et surtout les métaphores visuelles. La métaphore a la réputation bien méritée d'être la clef de la pensée et de l'innovation créative. Malgré une attitude impitoyable envers l'ambiguïté créée par des phrases à base de métaphores, l'informatique signale son propre développement par des applications basées sur des nouvelles métaphores ('Windows' par exemple). Le triangle classique de traitement de texte, des données, et de graphiques se présente en 2 dimensions. La conceptualisation imaginative pourrait être utilement placée au sommet d'une pyramide (en tétraèdre) construite sur ce triangle. La métaphore est le véhicule principal pour une telle reconceptualisation.

Prenons le sujet actuellement à la mode dans la communauté internationale, soit le développement durable. Comment pourrait-on véhiculer cette notion complexe afin d'évoquer des initiatives imaginatives, notamment de la part des médias? Des métaphores peuvent être employées pour mettre en évidence la difficulté collective dans le développement des stratégies pour la mise en oeuvre. Des métaphores telles que 'village mondial' ou 'Gaia' ne rendent pas évident le dilemme stratégique et les possibilités opérationnelles. A cause d'une défaillance de l'imagination, c'est peut être par la métaphore anglaise suivante que le développement durable est actuellement le mieux compris: 'conserver son gâteau et le manger aussi'. Ceci correspond à sa (re)interprétation par les sociétés commerciales comme 'le soutien d'un avantage concurrentiel'. Les deux sont des exemples tragiques d'une pauvreté de l'imagination dans un environnement complexe.

7. La transdisciplinarité: une écologie durable de cadres conceptuels en évolution

7.1 La sélection (ou conception) des métaphores appropriées: L'aspect le plus pratique de cette contribution est le besoin de sélectionner (ou de concevoir) des métaphores qui pourraient constituer un pont à travers la séparation schizophrénique entre la formulation de politique dominée par la politique scientifique et celle dominée par la pression des médias. Quelles métaphores sont à la base des stratégies principales des Institutions Spécialisées des Nations Unies et du jargon administratif par lequel l'on en discute sans que ce jargon soit jamais mis en question? Est-il possible de sélectionner ou de concevoir des métaphores meilleures afin de:

Les métaphores venant des notions d'écologie et d'environnement constituent un groupe de candidats intéressants. Ainsi les factions et coalitions institutionnelles peuvent être utilement perçues comme des espèces animales distinctes, comme un développement de la tendance actuelle d'accuser des adversaires d'être des 'requins', des 'moutons', des 'serpents', ou des 'chiens', par exemple. Le but serait d'établir la carte de l'écologie des factions et des acteurs, en y identifiant le tissu d'interactions entre eux (Wojciechowski, 1975; Callon, 1986). Un tel écosystème pourrait être aussi complexe que nécessaire. Il fournit un langage compréhensible par lequel les moyens de définition et de protection des niches peuvent être explorés. Il permet aussi de constater le degré de déséquilibre du système provoqué par certaines espèces et la nature des mesures correctives que cela implique. La crise de notre époque pourrait être le mieux illustrée par l'application de cette approche écologique au mouvement des 'verts' lui-même. Le défi pour ce mouvement, si tragiquement fragmenté dans certains pays, est de re-interpréter ses perceptions simplistes de ses propres relations internes entre factions en utilisant une métaphore à la fois organique et écologique qui corresponde en principe à leurs croyances les plus profondes (Judge, 1990a).

Un autre ensemble de métaphores riches et accessibles est celui basé sur la circulation routière. Ainsi des courants de circulation, ayant des 'ordres du jour' (vitesse, direction, capacité) différents ou en conflits, peuvent être entremêlés (à travers des passages à différents niveaux, des feux, des systèmes de priorité, etc) afin d'assurer un mouvement continu. A ce niveau physique les conflits ne sont pas 'résolus'. Un consensus sur un ordre du jour n'est pas désiré. Par contre les ordres du jour distincts sont canalisés et entrelacés. L'on peut beaucoup construire sur une compréhension de la circulation au niveau de la formulation d'une politique sociale.

Une autre réponse employée' fréquemment pour parer à une attaque par métaphore est de recadrer la situation en changeant de métaphore. Les protagonistes perçoivent les politiques de l'autre à travers des langages sans éléments communs. D'habitude il n'y a pas de réponse créative à cette situation. Cependant, en reconnaissant la valeur de la compréhension véhiculée par de tels cadres concurrents -- peu importe leur degré d'incompatibilité -- une voie s'ouvre vers l'utilisation des deux langages par alternance, sans réduire l'exercice à l'effort ridicule de 'marier un hérisson à un serpent' (comme l'a remarqué Yelstin).

7.2 L'alternance entre des cadres conceptuels: la clef du développement conceptuel créatif: Des cadres conceptuels isolés, d'une complexité adéquate, pourraient ne pas être stables. Pour qu'ils puissent émerger, avec un degré de viabilité, des configurations complexes de forces professionnelles (et politiques), ils pourraient être obligés d'alterner avec une ou plusieurs autres politiques incompatibles d'une instabilité équivalente. A ce moment c'est le modèle d'alternance ou de résonance entre ces cadres profondément incompatibles qui constitue une forme de 'cadre' dynamique transdisciplinaire. C'est cette perspective 'trans' ou 'meta' qui fait la réponse appropriée et stable à la complexité de la problématique -- et non les cadres essentiellement instables qui l'engendrent (Judge, 1984a). Ainsi la dimension du temps est utilisée pour concevoir des cadres et des politiques plus complexes.

En principe c'est ainsi que le processus démocratique fonctionne à travers une gouvernance par alternance entre factions politiques, bien qu'aucune faction n'accepterait la nécessité d'une telle alternance (sauf en sa faveur). Le problème est de découvrir des moyens de concevoir, et de rendre compréhensible, des modèles cycliques d'alternances. De ce point de vue il est probable que la réconciliation des incompatibilités des 'sciences' avec des 'humanités', de la 'planification centrale' avec 'l'économie de marché', ou de la 'préservation de l'environnement' avec la 'croissance industrielle', ne peuvent être accomplis qu'à travers une forme d'alternance par phase définie en fonction de la dimension temporelle.

7.3 Des cycles conceptuels et politiques: L'on reconnaît depuis longtemps que les praticiens de toute discipline ont tendance à prétendre qu'une application plus poussée de leur propre discipline serait la réponse la plus appropriée à un défi, peu importe la nature. Mais n'est-il pas correct que la sélection des disciplines, méthodologies ou politiques appropriées soit basée sur une alternance cyclique afin que chacune des disciplines puisse contribuer à la correction des erreurs de fait ou d'omission occasionnées par les autres par rapport à l'équilibre de l'action à long terme. Encore une fois, c'est le message implicite de la démocratie, bien qu'aucun parti politique ne reconnaîtrait le besoin de 'sacrifier' une politique chérie pour respecter les phases de ce processus -- à moins d'avoir l'assurance de son retour dans une phase ultérieure. A présent les politiques distinctes des partis adverses se succèdent dans un genre de cycle chaotique, chacun essayant de répondre aux défaillances des précédents (et d'en profiter). Mais il est loin d'être évident que de tels cycles chaotiques fournissent la garantie de stabilité à long terme.

A partir de cette perspective, la manière de concevoir et de mettre en oeuvre de tels cycles reste un défi. A la lumière des travaux de Buckminster Fuller (1975, 1982), il est d'un intérêt évident que de nouvelles formes importantes n'émergent qu'au moment où on peut assurer l'entrelacement d'un nombre minimal de tels cycles. Ce niveau de complexité structurelle est représenté de manière élégante par les structures d'intégrité tensionelle ('tenségrité') qu'il a si bien explorées. Il est également implicite dans l'outil traditionnel de la politique de l'Empereur de Chine, c'est-à-dire le Yi Kinj (ou Le Livre des Changements). Celui-ci offre une perception non-occidentale, unique et richement articulée, du développement durable. Il est riche en métaphores (Wilhelm, 1950). Une adaptation en fonction des cycles du développement durable est présentée dans l'Encyclopedia of World Problems and Human Potential (1991, Section TZ).

7.4 La compréhension de la transdisciplinarité: à la recherche des ensembles de métaphores complémentaires: Le degré de complexité auquel il faut faire face aujourd'hui suggère de manière très forte qu'aucun cadre conceptuel (ou toute politique construite là-dessus) n'est en mesure de l'englober. Malgré la richesse en puissance des métaphores la même présomption devrait être leur être appliqée. La réponse ne réside pas dans le choix d'une seule métaphore nouvelle ayant des propriétés magiques, mais peut être dans le choix de la sélection (ou la conception) d'un ensemble de métaphores complémentaires capables ensemble d'englober cette complexité.

Les métaphores 'd'ondes' et de 'particules' sont des exemples classiques de la physique de la lumière par lesquels les électrons sont compris de manières différentes. Dans le même style, il y a les 'eaux courantes' et les 'foules grouillantes' par lesquelles l'électricité doit être comprise (Gentner, 1982). Dans chaque cas, les deux métaphores offrent une compréhension nécessaire mais insuffisante si l'une d'entre elles est employée sans l'autre. La question se pose de découvrir l'art de sauter entre les perceptions offertes par des métaphores appropriées qui sont sélectionnées d'un ensemble. Ceci devrait articuler un modèle complexe de compréhensions (et leurs implications politiques). La nature de tels sauts est notamment honorée dans les jeux d'enfants où règne la notion de 'chacun son tour' et dans la rotation de la présidence dans beaucoup de conseils de direction. Elle est bien explicitée dans la notion des molécules sous forme d'hybride en résonance et dans celle des cycles de phases. D'autres exemples sont présentés dans l'Encyclopedia of World Problems and Human Potential (1991).

C'est une ironie de constater que les différents arts fournissent beaucoup de notions utiles à la compréhension des métaphores dont pourrait profiter le processus de la formulation de la politique (Judge, 1991b). La poésie, comme la musique, est habile dans la combinaison de la complémentarité et du rythme. Gregory Bateson (1972) a reconnu l'importance de la poésie dans le traitement de la complexité:

'Une raison pour laquelle la poésie est importante dans la découverte du monde est que dans la poésie un ensemble de relations est tracé sur un niveau de diversité en nous auquel nous n'avons pas accès normalement. Nous le faisons sortir à travers la poésie. Nous pouvons nous donner dans la poésie l'accès à un ensemble de relations dans l'autre personne et dans le monde dont nous ne sommes pas normalement conscient en nous mêmes. Ainsi nous avons besoin de la poésie comme un mode de connaissance du monde et de nous mêmes à cause de cette cartographie de complexité à complexité.'

Cette approche pourrait être importante pour la gouvernance des processus sociaux caractérisés par des modèles de relations qui sont d'habitude trop complexes pour être saisis par le cerveau humain.

7.5 Les voyages sur les chemins métaphoriques: Le défi de la surcharge de l'information pour une personne exposée à la surabondance d'information géographique est allégé en ordonnant cette information en fonction d'une grille d'endroits physiques disposés autour du globe et reliés par des routes et par d'autres éléments. L'on pourrait soutenir qu'une forme d'ordonnancement spatial de l'information des disciplines (Mackinlay, 1986; Fairchild, 1988; Horn, 1989) est la préoccupation des sciences de la classification -- avec toutes ses implications pour la disposition physique des bibliothèques et des librairies. Ainsi l'interface utilisateur-machine du système d'information le plus récent est conçu sur la base de la métaphore des 'chambres' (avec des 'murs') que l'on peut 'marcher à travers' jusqu'aux points où l'information se trouve (Mackinlay et al, 1991; Card et al, 1991). L'ironie veut que l'on a également constaté que les 'savants idiots', et ceux possédant une mémoire exceptionnelle, emploient également des systèmes mnémoniques spatiaux pour le traitement de l'information.

On peut se demander si nous pouvons espérer clarifier la complexité des relations entre disciplines dans un ordonnancement spatial basé sur un système à grille, que ce soit une matrice de catégories, les rayonnages d'une bibliothèque, ou les 'chambres' d'une interface utilisateur-machine. Cette approche est sans doute tout à fait adéquate pour un domaine spécialisé, quand la grille n'introduit guère de distorsion. C'est une prémisse valable dans une projection détaillée d'une carte géographique. Mais ce n'est pas valable dans le traitement des relations entre disciplines qui ne sont qu'en relation 'lointaine' -- comme dans la séparation des continents. Les projets d'y arriver ne peuvent donner lieu qu'a des discontinuités conceptuelles sévères. L'influence pernicieuse de telles métaphores implicites est encore plus malheureuse pour tout penseur qui réfléchit sur la somme totale de la connaissance humaine.

Des telles difficultés ont été résolues dans le cas de l'information géographique en étalant des lieux sur une surface. On ne fait aucun effort ensuite pour réconcilier les plans de rues des différentes villes. Ce n'était qu'en traitant le défi de la mise en relation des villes lointaines qu'il est devenu nécessaire de reconnaître la courbure de la surface sur laquelle nous nous trouvons -- et finalement la nature sphéroïde de cette surface. Pour les habitants d'une ville, ils peuvent toujours concevoir leur monde comme plat pour tous leurs besoins immédiats. Cependant, l'information venant des endroits lointains, notamment s'il fait jour ou nuit ailleurs, demande une reconnaissance de la surface sphéroïde afin de réconcilier l'incompatibilité apparente des constatations. C'est cette propriété sphéroïde, si difficile à justifier, qui est demandée dans l'organisation transdisciplinaire de la connaissance -- afin de réconcilier une connaissance disciplinaire locale avec l'organisation 'globale' de cette connaissance.

La reconnaissance de la nature sphéroïde du monde physique a été dépassée depuis lors par la reconnaissance vitale de la complémentarité des différentes zones bioclimatiques -- que ce soit la contribution des forêts tropicales ou des régions polaires. Ce sont de tels éléments topographiques qui assurent la viabilité de la biosphère. C'est peut être dans ce sens que la complémentarité nécessaire entre un ensemble de métaphores (voir 7.4) devrait être comprise. C'est ainsi que cette complémentarité assure la viabilité de la noosphère.

Le défi à la compréhension réside dans l'enrichissement de notre compréhension de cette complexité. Des idées perspicaces peuvent venir des propriétés de symétrie pour lesquelles des métaphores géométriques sont très utiles. Ceci s'étend jusqu'aux modèles de stabilité dynamique pour lesquels les 'tenségrités' sont très utiles. Tous les deux indiquent l'existence de 'chemins' autour des structures sphéroïdes -- qui correspondent aux grands cercles autour du globe. Plusieurs peuvent s'entrelacer au point de constituer un 'verrouillage' en définissant des zones sur une grille sphérique. Des tels chemins pourraient être compris comme des 'ley lines' conceptuels. (Par contre, pour l'utilisateur d'un ordinateur, le voyage à travers des chemins d'un stack hypertexte sans vue d'ensemble, pourrait se comparer à celui d'un rat qui explore un labyrinthe).

Cette contribution suggère que les métaphores constituent notre meilleure compréhension de la nature des véhicules qui voyagent sur ces chemins et autour de la noosphère. Des métaphores peuvent être employées pour articuler notre compréhension des processus d'équilibration, de construction et du maintien des relations conceptuelles afin de permettre l'émergence des ordres conceptuels plus élevés dans un environnement conceptuel turbulent. Elles peuvent être utilisées pour indiquer les problèmes de 'l'environnement' de la noosphère, y compris des défis tels que le 'déboisement culturel' et la 'pluie acide' résultants des excès non-contrôlés des disciplines irresponsables.


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